
Les journaux sont malmenés, certains "dégraissent", d'autres meurent. Le monde change, ce n'est pas triste de voir se terminer une aventure journalistique. Ce sont les choses qui s'installent dans l'acquis qui engendrent la pitié. Un canard se gangrène, son autosuffisance a permis à la sclérose de s'installer, son âge lui joue des tours. Les journaux romands sont tombés en laissant des journalistes sur la route. Un journal qui meurt, ce n'est pas un seul journaliste qui meurt. Ce n'est pas un seul témoin qui rend l'âme. Ce ne sont que des plumes qui n'ont plus d'espace organisé et confortable pour s'exprimer, des plumes éparpillées ayant perdu le contact avec la machine à café, la cantine, le bar d'en face, le confort des petites mains qui fouillent dans les archives pour alimenter le fourneau avec lequel on fait du réchauffé. Qu'elles s'expriment donc ces plumes, dans l'inconfort, qu'elles se regroupent pour échapper à la pub et aux éditeurs, qu'elles intéressent pour que le lecteur soit prêt à payer. Ils sont tellement nombreux, les journalistes d'aujourd'hui qui écrivent dans le Matin pour 98% de lecteurs qui ne lisent pas, qui feuillètent le temps d'un café un canard fait de pub, de photos de girls, avec un contenu rédactionnel prétexte. Non, le journalisme a tout à gagner à ce que les journaux crèvent à petit feu. Il devra bien renaître autrement, et les "malheurs" de la presse d'aujourd'hui me réjouissent parce qu'ils annoncent une ère différente et certainement plus intéressante. Je suis fatigué d'entendre encore et toujours que le budget publicitaire permet à un journal de vivre. Quelques journalistes se regroupent maintenant pour essayer de couvrir de façon originale l'actualité. Des groupes se forment, mais ce n'est qu'une façon pour les éditeurs d'outsourcer le travail journalistique sans devoir engager. Ce n'est pas encore le changement.
Je ne fais rien d'original dans ces pages que de poser mes questions aux étoiles, de dire mes coup de gueule, mes élucubrations, publiées parfois, écrites au jour le jour pour mon plaisir, pour des amis, pour moi souvent, parce qu'il faut bien engueuler quelqu'un pour survivre, même si c'est le vent.
Bon voyage si vous le souhaitez, dans cet espace libre.
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